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samedi 1 janvier 2011

El Hospital de Niños

Lors de notre séjour à Cordoba nous avons intégré le corps de volontaires de l'Hôpital des Enfants, fondé en 1965 par le Dr Romis Amado Raiden sur le constat du mutisme et du silence dans lequel évoluaient les enfants malades. Cette association a alors pour objectif de divertir l'enfant et de lui faire oublier un temps son hospitalisation. Sa mission: "llenar de amor las horas vacías del niño internado".

L'association a débuté avec une demi-douzaine de volontaires, qui se réunissait dans un minuscule local dans l'ancien hôpital, rue Corrientes. Une salle de jeu a été aménagée et est devenue le lieu de divertissement et de célébration des anniversaires et autres fêtes. Depuis une dizaine d'année, l'hôpital a déménagé plus au sud de la ville. Et le corps de volontaires a suivi également, sollicitant un nouvel espace où s'installer. Une terrasse a alors été habilitée en annexe grâce aux donations de la communauté pour une valeur totale de 400 000 pesos.

le dépôt de l'association
L'association s'intègre à l'organigramme de l'hôpital mais fonctionne de manière totalement autonome. Les responsables ont un devoir de communication envers la Direction, notamment lorsqu'il s'agit de solliciter un espace et se fait un plaisir de convier le corps médical lors d'évènements particuliers comme la fête de noël. L'association ne reçoit aucune subvention de la part du gouvernement, et devant la situation économique que vit actuellement l'Hôpital, celle-ci est, d'ailleurs, un soutien non-négligeable. Elle reçoit un grand nombre de donations matérielles et distribue des denrées alimentaires et des vêtements aux parents qui viennent le plus souvent de classes défavorisées. Mais son plus grand appui reste la distribution de couches (600 par jour), un budget que l'hôpital ne pourrait supporter.

En effet, l'Hôpital de Niños est un hôpital provincial qui offrent des prestations gratuites à ses patients. Toutefois la marge de manœuvre de la Province est réduite, et le Gouvernement absent. Ce sont donc les capitaux privés qui permettent à l'hôpital de subsister et de développer ses technologies. D'ici peu, l'hôpital commencera à pratiquer des transplantations. Mais pour le moment il faut se rendre à Buenos Aires pour bénéficier gratuitement de ce genre de prestations.



L'hôpital manque principalement d'infirmières mais on constate aussi que les ressources matérielles restent précaires. L'équipement est obsolète face à celui qui meuble nos hôpitaux. Les lits se redressent par manivelle (si celle-ci ne vous reste pas dans la main), les parents passent la nuit assis sur des chaises de jardin et doivent bien souvent se procurer eux-mêmes draps et couvertures pour le couchage de leur enfant. Nous avons même vu une petite fille dont la broche à sa jambe était soutenue par... le plateau d'une table. Le système D n'est donc pas étranger au quotidien de cet hôpital.

Le père de Lucas, un enfant autiste d'une dizaine d'année, nous a conté son histoire et les difficultés de prise en charge face à la maladie de son fils, l'autisme étant très mal connu en Argentine. Il habite à plusieurs heures de route de Cordoba, mais l'Hôpital de Niños est le centre public le plus proche de chez lui offrant alors un service neurologique. Hospitaliser son enfant à Cordoba entraîne, pour lui et sa famille, des frais latéraux considérables, comme le logement: leurs autres enfants sont restés chez des parents tandis que sa femme et lui, hébergés dans une pension, se rendent à tour de rôle au chevet de Lucas. Il nous raconte alors que les argentins cotisent à travers leur travail à la sécurité sociale. Sa femme cumule deux emplois, dont un comme travailleur social dans une institution publique, et que sur les deux parents, aucun ne bénéficie d'assurance. En effet, il dépend de l'employeur de décider si oui ou non il versera les cotisations à l'état en faveur de ses salariés. A la sortie de l'hôpital, ils devront amener tous les mois Lucas voir un médecin à proximité de leur ville. Ce médecin, spécialiste en neurologie délivre des consultation mensuelles à titre privé. Mais pour le père de Lucas, "ça sera toujours moins cher que de venir jusqu'à Cordoba".

Cette expérience à l'hôpital nous a permis de constater la pauvreté sociale qui n'est pas visible au premier coup d'œil dans ce pays aux airs européens. Les soins médicaux peuvent donc représenter un vrai gouffre financier pour les familles, surtout celles qui vivent à des kilomètres des premières institutions publiques. Mais le public accueilli à l'hôpital présente également d'autres carences importantes. C'est en jouant avec les patients que nous avons pu constater qu'il n'est pas rare de rencontrer des enfants de huit ou dix ans ne sachant pas lire ou compter au-delà de dix. Souvent les parents eux-mêmes sont analphabètes. Les puzzles constituent également un bon indicateur de la stimulation cérébrale de l'enfant, des patients de ce même âge préfèrent souvent un puzzle en bois d'une quinzaine de pièce car impuissant devant un puzzle composé d'une cinquantaine. C'est aussi dans cet environnement qu'on a pris conscience de la maternité précoce, l'avortement étant prohibé en Argentine (un projet de loi est toutefois en cours, mais reste un sujet délicat à l'approche des présidentielles de 2011).

l'heure du thé
Aujourd'hui, le corps de volontaires compte 93 membres (composé à 95% de femmes). Le statut social qui lui est conféré a donné naissance à un règlement rendant obligatoire le port de l'uniforme et l'élection pour deux ans d'un Président et d'une Commission. Les volontaires doivent venir 4h minimum par semaine et attendent deux ans avant de se voir titulariser. Malgré cette formelle organisation, on déplore l'absence de protocole et une communication plus régulière et étroite avec le corps médical, notamment concernant les questions d'hygiène. Nous ne nous posons pas en tant qu'expertes, mais la peur des bactéries que nous développons dans nos pays nous amène à nous surprendre de certaines conduites. A l'exception des enfants en isolement qui appellent des consignes plus strictes (pas toujours suivies), seul un lavage de main est alors nécessaire pour passer d'une chambre à l'autre alors que les jeux circulent dans les mains et les bouches des patients sans être désinfectés.

La salle de jeu, uniquement (et rarement) ouverte aux enfants
Ces indicateurs montrent de réels besoins de la part du public et une nécessité de persister dans la communication interne avec le corps médical et les familles. Le corps de volontariat a donc encore d'autres batailles à livrer, mais ne veut malheureusement se concentrer que sur l'enfant, au lieu de considérer l'individu dans son entité familiale: une salle ouverte à la famille avec visionnage de film et dégustation de thé, un service de prêt de livres pour adultes, des séances de stimulation cérébrales ou d'initiations alphabétiques peuvent être de nouveaux projets. Les durées de séjour s'étendent de quelques jours à plusieurs mois et il est certain que les besoins diffèrent d'une famille à l'autre. Mais nous avons été très surprises d'entendre Tita et Haydn, les deux volontaires avec qui nous avons réalisé notre entretien, nous répondre qu'aucun manque ne se présentait. Comme dit Marie, "C'est bien la première fois que j'entends une association dire qu'elle n'a besoin de rien!". Si tel est le cas, il ne devrait pas être difficile pour ces âmes charitables d'ouvrir un nouveau chapitre à leur histoire.

Tita Et Haydn
Il est vrai que cette association a insufflé un vent nouveau au paysage bénévole de la région de Cordoba, donnant naissance à des corps de volontaires dans d'autres hôpitaux ou dans les Villas (banlieux) voisines. Le Dr Raiden est décédé il y a aujourd'hui trois ans , et il est certain que sa renommée est à elle seule une publicité pour l'association. Les donations dépendront sûrement dans les années à venir de la mobilisation des volontaires. Les plus anciennes comptent aujourd'hui plus de 40 ans de bénévolat, et un bon nombre atteint déjà une vingtaine d'année à leur actif. Pleines de compassion et d'admiration pour le travail du Dr, elles devront certainement accepter que l'association peut et se doit d'évoluer, notamment si elles veulent donner l'envie aux plus jeunes membres de rester et de s'investir.

Nous remercions tous les volontaires de nous avoir si chaleureusement accueillies.


jeudi 23 décembre 2010

Découverte de la région de Cordoba


La sierra cordobaise, ses rivières et ses vallées, est un site de villégiature bien connu des argentins. Nous profitons alors de nos moments de libre pour partir à la rencontre de ces lieux de tranquillité échappant ainsi à la folie urbaine le temps d'une journée.

Alta Gracia

Une des personnalités argentines les plus connues au monde est sans nul doute Ernesto Guevara de la Serna. Le futur "Che"a vécu et étudié à Cordoba mais a passé l'essentiel de son enfance à Alta Gracia, une ville située à une trentaine de kilomètres de là. Les parents d'Ernestito avaient décidé de s'installer dans cette bourgade pour l'air sec des montagnes espérant ainsi soulager leur enfant asthmatique.


Sa maison d'enfance, la Villa Nydia, lui est aujourd'hui consacrée, remémorant ses jeunes années, ses voyages initiatiques au cœur de l'Amérique Latine, sa conscientisation politique, ses guerillas jusqu'à sa mort dans la campagne bolivienne.




Jesús María

C'est à la fin du 16ème siècle que ce sont installés les premiers jésuites dans la région de Cordoba. Ils y construisirent 6 fermes (estancias) où leurs activités agricoles et viticoles leur permirent d'assurer l'autonomie de la communauté. Comme l'une des tâches propre à la Compagnie de Jésus est celle de l'Education, les ressources des Estancias de la région servirent à financer le Colegio Máximo, ancêtre de l'actuelle Université de Cordoba.


L'Estancia Jesuitíca de Jesús María abrite un musée retraçant son histoire et celle de la commuanuté. Elle était comme les 5 autres fermes un lieu stratégique où faisaient halte les personnalités liées à la colonisation et au commerce entre le Haut Pérou et la région de Buenos Aires.


Carlos Paz

A 45 minutes de Cordoba, cette petite ville constitue un refuge pour ceux qui souhaitent fuir la chaleur urbaine. Qu'il est agréable de se rafraîchir à l'ombre des arbres ou de lézarder au soleil étendues sur un rocher émergé!

Installation à Cordoba

Après deux mois de voyage, nous souhaitions nous "poser" pour nos dernières semaines en Amérique Latine, dans un endroit qui nous permettrait de nous investir dans une mission bénévole et nous proposerait une vie culturelle et nocturne animée.
Nos objectifs : transformer notre temps libre en une expérience bénéfique pour nos ambitions professionnelles, progresser en espagnol grâce à l'immersion, profiter du soleil et d'un semblant de vacances estivales avant notre rentrée en France.

Notre choix s'est donc portée sur Cordoba, première cité universitaire d'Argentine, située au centre du pays et sur le chemin qui nous mènera à Buenos Aires. Avec 1,3millions d'habitants, elle est la seconde ville du pays. Toutefois cette métropole ne présente pas le charme de bien des villes que nous avons traversé. L'architecture coloniale y passe inaperçue au milieu des tours, mais le sens de l'accueil et la convivialité de ses habitants rachètent la discrétion de ses richesses historiques. Quand la chaleur devient moins étouffante, les cordobais apprécient alors de se retrouver en dégustant un maté sur les places ou une bière sur les terrasses.

Le maté est une boisson infusée à base de la plante"yerba maté" qui se boit dans une petite calebasse à l'aide d'une sorte de paille métallique.


La ville choisie préalablement avait sans nul doute de quoi satisfaire nos attentes. Dès notre premier jour, nous trouvions une chambre à louer dans une colocation de 11 personnes, majoritairement étudiants à la fameuse Université Nationale de Cordoba. La suite a toutefois coincée. En dehors, du shopping par obligation, devenue une vraie corvée pour retrouver un semblant de féminité et un peu de légèreté, c'est durant presque deux semaines que nous avons désespérément rechercher une mission bénévole: nos pré-recherches avaient été vaines, les associations accueillant le plus souvent des volontaires pour une durée d'au moins trois mois. Nous pensions que sur place, ce serait plus facile. Mais nous avions omis un détail: la période de noël se conjugue ici aux vacances d'été, provoquant le ralentissement des activités organisées voire leur suspension.

Nous avons parcouru les rues encore et encore, frappant aux portes à la recherche de la moindre occupation. Finalement au bout de deux semaines, nous avons pu intervenir à l'hôpital des enfants, 4h par jour, du lundi ou jeudi. Nous passons notre temps à jouer avec les enfants, à discuter avec eux et leurs parents, avant d'aller boire le thé avec les autres bénévoles.

Parc Sarmiento
Voilà qui nous a permis de faire quelques rencontre, notamment une jeune volontaire qui nous a invité à passer les fêtes de fin d'année avec sa famille et ses amis. Notre espagnol s'améliore, notre peau se colore et nous partageons davantage la culture argentine. Objectifs atteints.